Jerome K. Jerome

Horloges et Pendules

 

Titre original : Clocks (1886), tiré de Idle Thoughts of an Idle Fellow (Pensées paresseuses d'un Paresseux)
Expressément traduit de l'anglais (américain) par Gérard Sirhugues (2016)
Édition électronique : Project Gutenberg

 

There are two kinds of clocks. There is the clock that is always wrong, and that knows it is wrong, and glories in it; and there is the clock that is always right—except when you rely upon it, and then it is more wrong than you would think a clock could be in a civilized country.

Il y a deux sortes de pendules. Il y a la pendule qui va de travers, et qui sait qu’elle va de travers, et qui en est fière; et il y a la pendule qui va toujours bien – sauf au moment où vous avez besoin d’elle, et vous n’auriez alors jamais imaginé qu’une pendule fût à ce point capable d’aller de travers dans un pays civilisé.

I remember a clock of this latter type, that we had in the house when I was a boy, routing us all up at three o'clock one winter's morning. We had finished breakfast at ten minutes to four, and I got to school a little after five, and sat down on the step outside and cried, because I thought the world had come to an end; everything was so death-like!

Je me souviens – quand j'étais gosse – nous avions à la maison une pendule de ce genre-là, qui, en plein hiver, nous avait tirés du lit sur le coup de trois heures du matin. A quatre heures moins dix, nous avions fini de déjeuner et un peu après cinq heures, j’étais dehors, assis sur le perron de l’école, en larmes parce que je croyais que c’était la fin du monde; tout avait l’air tellement mort!

The man who can live in the same house with one of these clocks, and not endanger his chance of heaven about once a month by standing up and telling it what he thinks of it, is either a dangerous rival to that old established firm, Job, or else he does not know enough bad language to make it worth his while to start saying anything at all.

L'homme qui peut vivre dans la même maison qu’une pendule de cet acabit sans mettre en péril ses chances de gagner le Ciel à peu près une fois par mois en se levant pour lui signifier ce qu’il pense d’elle, est un dangereux concurrent pour cette vieille société établie, Job, ou alors, c’est qu’il ne connait pas assez de mots assez grossiers pour le faire.

The great dream of its life is to lure you on into trying to catch a train by it. For weeks and weeks it will keep the most perfect time. If there were any difference in time between that clock and the sun, you would be convinced it was the sun, not the clock, that wanted seeing to. You feel that if that clock happened to get a quarter of a second fast, or the eighth of an instant slow, it would break its heart and die.

Le grand rêve de sa vie est de vous mettre dedans alors que vous essayez d'attraper un train. Des semaines durant, elle marquera parfaitement les heures. S'il y avait le moindre écart entre cette horloge et le soleil, vous seriez convaincu que c’est à cause du soleil, et non de l’horloge. Vous sentez bien que s’il lui arrivait d’avancer d’un quart de seconde, ou de retarder d’un huitième, elle en mourrait, le cœur brisé.

It is in this spirit of child-like faith in its integrity that, one morning, you gather your family around you in the passage, kiss your children, and afterward wipe your jammy mouth, poke your finger in the baby's eye, promise not to forget to order the coals, wave at last fond adieu with the umbrella, and depart for the railway-station.

C’est dans cet esprit de foi naïve en son intégrité qu’un matin, vous rassemblez votre famille autour de vous dans le vestibule, que vous essuyez vos lèvres pleines de confiture après avoir embrassé vos enfants, que vous poussez votre doigt dans l'œil du bébé, que vous promettez de ne pas oublier de commander du charbon, que vous faites un dernier signe d’adieu en agitant votre parapluie, et que vous partez pour la gare.

I never have been quite able to decide, myself, which is the more irritating to run two miles at the top of your speed, and then to find, when you reach the station, that you are three-quarters of an hour too early; or to stroll along leisurely the whole way, and dawdle about outside the booking-office, talking to some local idiot, and then to swagger carelessly on to the platform, just in time to see the train go out!

Personnellement, je n'ai jamais pu tout à fait décider de ce qui est le plus exaspérant: courir pendant deux milles à la limite de mes possibilités pour finir par arriver à la gare avec trois-quarts d’heure d’avance, ou traîner tout le long du chemin et lambiner près du guichet à discuter avec quelque idiot local avant de bondir, l’air de rien, sur la plate-forme, juste au moment où le train se met en branle!

As for the other class of clocks—the common or always-wrong clocks—they are harmless enough. You wind them up at the proper intervals, and once or twice a week you put them right and "regulate" them, as you call it (and you might just as well try to "regulate" a London tom-cat). But you do all this, not from any selfish motives, but from a sense of duty to the clock itself. You want to feel that, whatever may happen, you have done the right thing by it, and that no blame can attach to you.

Quant à l'autre sorte de pendule – les pendules ordinaires, celles qui ne vont pas – elles sont plutôt inoffensives. Vous les remontez à intervalles convenables, et une ou deux fois par semaine, vous les redressez et vous les «mettez à l’heure», comme vous dites (et vous pourriez tout aussi bien essayer de «mettre à l’heure» un chat de gouttière londonien). Mais si vous faites tout ça, ce n’est pas pour des motifs égoïstes, mais par devoir envers l'horloge elle-même. Vous voulez sentir que, quoiqu’il arrive, vous avez fait ce qu’il fallait pour elle, et qu’on ne peut rien vous reprocher.

So far as looking to it for any return is concerned, that you never dream of doing, and consequently you are not disappointed. You ask what the time is, and the girl replies:

Vous demandez l’heure qu’il est, et la bonne répond:

"Well, the clock in the dining-room says a quarter past two."

«Eh bien, la pendule de la salle à manger indique deux heures un quart.»

But you are not deceived by this. You know that, as a matter of fact, it must be somewhere between nine and ten in the evening; and, remembering that you noticed, as a curious circumstance, that the clock was only forty minutes past four, hours ago, you mildly admire its energies and resources, and wonder how it does it.

Mais vous n’êtes pas dupe. Vous savez bien qu’en fait, il doit être quelque chose comme neuf ou dix heures du soir; et, vous rappelant avoir noté par hasard, plusieurs heures plus tôt, que l'horloge ne marquait que quatre heures quarante, vous n’admirez que modérément ses énergies et ses ressources, et vous vous demandez comment c’est possible.

I myself possess a clock that for complicated unconventionality and light-hearted independence, could, I should think, give points to anything yet discovered in the chronometrical line. As a mere time-piece, it leaves much to be desired; but, considered as a self-acting conundrum, it is full of interest and variety.

Je possède moi-même une pendule dont l’indépendance primesautière et la marginalité sophistiquée, pourraient, j’ai tendance à le penser, rendre des points à n'importe quel dispositif découvert à ce jour dans le domaine chronométrique. Comme instrument de mesure du temps, elle laisse beaucoup à désirer; mais, considérée en tant qu’énigme autonome, elle est pleine d'intérêt et de variété.

I heard of a man once who had a clock that he used to say was of no good to any one except himself, because he was the only man who understood it. He said it was an excellent clock, and one that you could thoroughly depend upon; but you wanted to know it—to have studied its system. An outsider might be easily misled by it.

J’ai autrefois entendu parler d'un homme qui possédait une pendule dont il avait l'habitude de dire qu’elle ne pouvait servir qu’à lui, parce qu'il était le seul qui pût la comprendre. Il disait que c’était une excellente pendule et que l’on pouvait entièrement s’y fier; seulement voilà, il fallait la connaître – avoir étudié son fonctionnement. Un étranger pouvait facilement s’y tromper.

"For instance," he would say, "when it strikes fifteen, and the hands point to twenty minutes past eleven, I know it is a quarter to eight."

«Par exemple,» disait-il, «quand elle sonne quinze coups, alors que ses aiguilles indiquent onze heures vingt, je sais qu’il est huit heures moins le quart.»

His acquaintanceship with that clock must certainly have given him an advantage over the cursory observer!

Sa connaissance intime de cette pendule lui donnait certainement un avantage par rapport à l'observateur superficiel!

But the great charm about my clock is its reliable uncertainty. It works on no method whatever; it is a pure emotionalist. One day it will be quite frolicsome, and gain three hours in the course of the morning, and think nothing of it; and the next day it will wish it were dead, and be hardly able to drag itself along, and lose two hours out of every four, and stop altogether in the afternoon, too miserable to do anything; and then, getting cheerful once more toward evening, will start off again of its own accord.

Mais le grand charme de ma pendule est son incertitude fiable. Elle travaille sans la moindre méthode; uniquement suivant son humeur. Un jour, tout à fait folâtre, elle gagnera sans s’en faire trois heures sur toute la matinée; et le lendemain, à moitié morte, c’est à peine si elle pourra se traîner, prenant deux heures de retard toutes les quatre heures, pour s’arrêter complètement dans l'après-midi, trop épuisée pour en faire davantage avant de reprendre du poil de la bête sur le soir, et de repartir de plus belle de son propre chef.

I do not care to talk much about this clock; because when I tell the simple truth concerning it, people think I am exaggerating.

Je ne m’étendrai pas davantage sur cette pendule; parce que si je révèle ne fût-ce que la simple vérité à son sujet, les gens vont penser que j’en rajoute.

It is very discouraging to find, when you are straining every nerve to tell the truth, that people do not believe you, and fancy that you are exaggerating. It makes you feel inclined to go and exaggerate on purpose, just to show them the difference. I know I often feel tempted to do so myself—it is my early training that saves me.

Il est très démoralisant de constater que les gens ne vous croient pas et s’imaginent que vous exagérez, alors vous tendez de toutes vos fibres à dire la vérité. Ça ne fait que vous inciter à continuer et à exagérer exprès, rien que pour leur montrer la différence. Je sais que j’ai souvent été tenté de le faire moi-même – c’est mon éducation précoce qui m’en empêche.

We should always be very careful never to give way to exaggeration; it is a habit that grows upon one.

Nous devrions veiller à ne pas nous laisser aller à l’exagération; c'est une habitude qui n’a que trop tendance à se développer.

And it is such a vulgar habit, too. In the old times, when poets and dry-goods salesmen were the only people who exaggerated, there was something clever and distingue about a reputation for "a tendency to over, rather than to under-estimate the mere bald facts." But everybody exaggerates nowadays. The art of exaggeration is no longer regarded as an "extra" in the modern bill of education; it is an essential requirement, held to be most needful for the battle of life.

Et c'est aussi une habitude tellement vulgaire. Dans le temps, quand seuls les poètes et les marchands de fruits secs exagéraient, il y avait quelque chose de futé et de distingué* à passer pour quelqu’un qui avait «une certaine tendance à enjoliver lessimples faits plutôt qu’à les sous-estimer.» Mais au jour d’aujourd’hui, tout le monde exagère. L'art de l'exagération n'est plus considéré comme une sorte de «cerise sur le gâteau» dans le projet éducatif moderne; c'est une exigence fondamentale, tenue pour indispensable dans la bataille de la vie.

 

*En français dans le texte.

The whole world exaggerates. It exaggerates everything, from the yearly number of bicycles sold to the yearly number of heathens converted—into the hope of salvation and more whiskey. Exaggeration is the basis of our trade, the fallow-field of our art and literature, the groundwork of our social life, the foundation of our political existence. As schoolboys, we exaggerate our fights and our marks and our fathers' debts. As men, we exaggerate our wares, we exaggerate our feelings, we exaggerate our incomes—except to the tax-collector, and to him we exaggerate our "outgoings"; we exaggerate our virtues; we even exaggerate our vices, and, being in reality the mildest of men, pretend we are dare-devil scamps.

Le monde entier exagère. Il exagère tout, du nombre de bicyclettes vendues par an à celui des mécréants convertis – dans l'espoir d’être sauvés et d’obtenir davantage de whisky. L'exagération est le fondement de notre commerce, la jachère  de notre art et de notre littérature, le fond de notre vie sociale, la base de notre existence politique. Écoliers, nous exagérons nos bagarres, nos récompenses et les dettes de nos pères. Devenus des hommes, nous exagérons nos marchandises, nous exagérons nos sentiments, nous exagérons nos revenus – sauf pour le percepteur, pour qui nous exagérons notre «déficit»; nous exagérons nos vertus; nous exagérons même nos vices, et, alors que nous sommes en réalité les plus doux des hommes, nous prétendons être des canailles sans foi ni loi.

We have sunk so low now that we try to act our exaggerations, and to live up to our lies. We call it "keeping up appearances;" and no more bitter phrase could, perhaps, have been invented to describe our childish folly.

Nous sommes à présent descendus si bas que nous essayons de jouer nos exagérations, et de vivre selon nos mensonges. Nous appelons ça «donner le change;» et aucune expression plus amère ne pourrait sans doute avoir été inventée pour décrire notre puérile démence.

If we possess a hundred pounds a year, do we not call it two? Our larder may be low and our grates be chill, but we are happy if the "world" (six acquaintances and a prying neighbor) gives us credit for one hundred and fifty. And, when we have five hundred, we talk of a thousand, and the all-important and beloved "world" (sixteen friends now, and two of them carriage-folks!) agree that we really must be spending seven hundred, or at all events, running into debt up to that figure; but the butcher and baker, who have gone into the matter with the housemaid, know better.

Si nous gagnons cent livres par an, ne parlons-nous pas de deux? Notre garde-manger est peut-être vide et notre foyer refroidi, mais nous sommes contents si le «monde» (six vagues connaissances et un voisin enrôlé de force) nous en reconnait cent cinquante. Et, si nous gagnons cinq cents livres, nous parlons de mille, et le «monde» si important et bien aimé (seize connaissances à présent, et deux compagnons de voyage!) convient que nous en dépensons pour de bon sept cents, ou en tout cas, que nous sommes endettés à cette hauteur; mais le boucher et le boulanger, qui ont discuté de tout ça avec la gouvernante, le savent bien mieux.

After awhile, having learned the trick, we launch out boldly and spend like Indian Princes—or rather seem to spend; for we know, by this time, how to purchase the seeming with the seeming, how to buy the appearance of wealth with the appearance of cash. And the dear old world—Beelzebub bless it! for it is his own child, sure enough; there is no mistaking the likeness, it has all his funny little ways—gathers round, applauding and laughing at the lie, and sharing in the cheat, and gloating over the thought of the blow that it knows must sooner or later fall on us from the Thor-like hammer of Truth.

Au bout d’un moment, quand nous avons pris le coup, nous nous lançons hardiment et nous dépensons comme un prince Indien – ou plutôt,  nous feignons de dépenser; parce que nous avons appris, à ce moment-là, à payer le faux-semblant avec du faux-semblant, à acheter le simulacre de la richesse avec le simulacre de l'argent comptant. Et le cher vieux monde – que Belzébuth le bénisse! puisqu’il est à coup sûr son propre enfant – ne se laisse pas abuser par les apparences; il suit son bonhomme de chemin, applaudissant et riant au mensonge, partageant la mystification, et se réjouit à la pensée du retour de bâton qui, tôt ou tard, nous tombera dessus comme le marteau de la Vérité de Thor, le Dieu du Tonnerre.

And all goes merry as a witches' frolic—until the gray morning dawns.

Et tout va aussi joyeusement qu’un sabbat d’espiègles sorcières – jusqu'à ce que ce que pointe l’aube grise.

Truth and fact are old-fashioned and out-of-date, my friends, fit only for the dull and vulgar to live by. Appearance, not reality, is what the clever dog grasps at in these clever days. We spurn the dull-brown solid earth; we build our lives and homes in the fair-seeming rainbow-land of shadow and chimera.

Vérité et réalité ne sont plus au goût du jour. Elles sont démodés, mes amis, tout juste bonnes pour le commun et le vulgaire. L’apparence, non la réalité, voilà ce que l’homme intelligent appréhende en cette ère de l’intelligence. Nous rejetons le brun terne de la terre solide pour établir nos demeures et nos maisons sous les faux arcs-en-ciel d’une contrée peuplée d’ombres et de chimères.

To ourselves, sleeping and waking there, behind the rainbow, there is no beauty in the house; only a chill damp mist in every room, and, over all, a haunting fear of the hour when the gilded clouds will melt away, and let us fall—somewhat heavily, no doubt—upon the hard world underneath.

Pour nous qui nous endormons et nous  réveillons là, derrière l'arc-en-ciel, il n'y a nulle beauté dans la maison; seulement une brume humide froide dans chaque chambre, et, par-dessus tout, l’obsédante peur de l'heure où les nuages dorés se mettront à fondre et nous laisseront tomber – avec quelque force, n’en doutons pas – sur le monde dur d’en-dessous.

But, there! of what matter is our misery, our terror? To the stranger, our home appears fair and bright. The workers in the fields below look up and envy us our abode of glory and delight! If they think it pleasant, surely we should be content. Have we not been taught to live for others and not for ourselves, and are we not acting up bravely to the teaching—in this most curious method?

Mais attendez! de quoi est faite notre misère, notre terreur? Aux yeux de l’étranger, notre demeure est belle et lumineuse. Les ouvriers qui travaillent dans les champs au-dessous nous regardent et nous envient cette demeure de gloire et d’enchantement! Si eux la croient plaisante, alors nous devrions en être heureux. N’avons-nous pas appris à vivre pour les autres et non pas pour nous-mêmes, et n'agissons-nous pas avec audace pour l’enseigner – selon cette méthode des plus curieuses?

Ah! yes, we are self-sacrificing enough, and loyal enough in our devotion to this new-crowned king, the child of Prince Imposture and Princess Pretense. Never before was despot so blindly worshiped! Never had earthly sovereign yet such world-wide sway!

Oh! oui, nous nous sommes assez sacrifiés, et nous restons assez fidèles dans notre dévotion à ce roi nouvellement-couronné, au Prince Faux-Semblant et à la Princesse Prétexte. Jamais auparavant despote ne fut aussi aveuglément adoré! Jamais  souverain n’eut sur la terre une emprise aussi universelle!

Man, if he would live, must worship. He looks around, and what to him, within the vision of his life, is the greatest and the best, that he falls down and does reverence to. To him whose eyes have opened on the nineteenth century, what nobler image can the universe produce than the figure of Falsehood in stolen robes? It is cunning and brazen and hollow-hearted, and it realizes his souls ideal, and he falls and kisses its feet, and clings to its skinny knees, swearing fealty to it for evermore!

Si l'homme veut vivre, il doit adorer. Il regarde alentour, et ce qui lui apparaît, dans la vision de sa vie, est le plus grand et le meilleur, devant quoi il tombe à genoux et se prosterne. À lui, dont les yeux se sont ouverts au 19ème siècle, quelle image plus noble l'univers peut-il produire que l’image de l’Imposture dans ses atours usurpés? Elle est retorse, effrontée et sans cœur, et personnifie son idéal, et il tombe à genoux et lui baise pieds, s'accroche à ses genoux maigres, lui jurant une fidélité éternelle!

Ah! he is a mighty monarch, bladder-bodied King Humbug! Come, let us build up temples of hewn shadows wherein we may adore him, safe from the light. Let us raise him aloft upon our Brummagem shields. Long live our coward, falsehearted chief!—fit leader for such soldiers as we! Long live the Lord-of-Lies, anointed! Long live poor King Appearances, to whom all mankind bows the knee!

Ah! c’est un puissant monarque que ce Roi Charlatan qui fait prendre sa vessie pour une lanterne! Allons, multiplions les temples dans l’ombre desquels nous pouvons l'adorer, bien à l’abri de la lumière. Élevons-le haut sur nos boucliers de Brummagem. Longue vie à notre chef couard et fourbe! – un chef bien assez bon pour des soldats tels que nous! Longue vie et onction au Seigneur du Mensonge! Longue vie au misérable Roi des Apparences, devant qui toute l'humanité s’agenouille!

But we must hold him aloft very carefully, oh, my brother warriors! He needs much "keeping up." He has no bones and sinews of his own, the poor old flimsy fellow! If we take our hands from him, he will fall a heap of worn-out rags, and the angry wind will whirl him away, and leave us forlorn. Oh, let us spend our lives keeping him up, and serving him, and making him great—that is, evermore puffed out with air and nothingness—until he burst, and we along with him!

Mais si nous devons le tenir à bout de bras, il nous faut le faire très soigneusement, oh, guerriers, mes frères! Il ne possède en propre ni os, ni tendons, le pauvre vieux camarade débile! Si jamais nous le lâchons, il s’effondrera comme un tas de serpillères usagées, le courroux de l’aquilon l’emportera au loin en tourbillonnant, et nous laissera désespérés. Ah, qu’il nous soit donné de consacrer nos vies à le maintenir debout, à le servir, à le faire toujours plus grand –  c'est-à-dire toujours gonflé de vent et de néant – jusqu'à ce qu’il éclate, et nous avec lui!

Burst one day he must, as it is in the nature of bubbles to burst, especially when they grow big. Meanwhile, he still reigns over us, and the world grows more and more a world of pretense and exaggeration and lies; and he who pretends and exaggerates and lies the most successfully, is the greatest of us all.

Car un jour il doit éclater, comme il est dans la nature des bulles d’éclater, particulièrement quand elles grossissent démesurément. En attendant, il règne toujours sur nous, et le monde devient de plus en plus un monde de faux-semblant, d'exagération et de mensonge; et celui qui feint, exagère et ment avec le plus succès, celui-là est le plus grand d’entre nous.

The world is a gingerbread fair, and we all stand outside our booths and point to the gorgeous-colored pictures, and beat the big drum and brag. Brag! brag! Life is one great game of brag!

Le monde est une foire au pain d'épice. Nous nous tenons tous devant  nos baraques, montrant les images magnifiquement colorées, et nous faisons l’article et nous bonimentons en battant le tambour. Bang! bang! La vie est une gigantesque fanfare!

"Buy my soap, oh ye people, and ye will never look old, and the hair will grow again on your bald places, and ye will never be poor or unhappy again; and mine is the only true soap. Oh, beware of spurious imitations!"

«Achetez mon savon, bonnes gens, et vous n’aurez jamais l’air vieux, et vos cheveux repousseront sur vos tonsures, et vous ne serez plus jamais pauvre ou malheureux; mon savon est l’unique véritable savon. Ah, méfiez-vous des contrefaçons!»

"Buy my lotion, all ye that suffer from pains in the head, or the stomach, or the feet, or that have broken arms, or broken hearts, or objectionable mothers-in-law; and drink one bottle a day, and all your troubles will be ended."

«Acheter ma potion, vous tous qui souffrez de maux de tête ou d'estomac, ou qui avez mal aux pieds, ou qui avez les bras cassés, ou le cœur brisé, ou de redoutables belles-mères; buvez-en un flacon par jour, et tous vos ennuis seront finis.»

"Come to my church, all ye that want to go to Heaven, and buy my penny weekly guide, and pay my pew-rates; and, pray ye, have nothing to do with my misguided brother over the road. This is the only safe way!"

«Venez dans mon église, vous tous qui voulez gagner le Ciel, et achetez mon guide hebdomadaire à un penny, et payez votre denier du culte; et, priez, ne suivez pas mon frère fourvoyé sur le mauvais chemin. Mon église est l’unique voie du salut!»

"Oh, vote for me, my noble and intelligent electors, and send our party into power, and the world shall be a new place, and there shall be no sin or sorrow any more! And each free and independent voter shall have a bran new Utopia made on purpose for him, according to his own ideas, with a good-sized, extra-unpleasant purgatory attached, to which he can send everybody he does not like. Oh! do not miss this chance!"

«Oh, votez pour moi, mes nobles et intelligents électeurs, portez notre parti au pouvoir, et le monde redeviendra comme neuf, et il n'y aura plus ni péché ni souffrance! Et chaque électeur libre et indépendant entendra la voix de l’Utopie nouvelle faite pour lui, selon ses idées à lui, avec un purgatoire de dimensions convenables et garanti invivable, dans lequel il pourra expédier tous ceux qu'il n'aime pas. Ah! ne laissez pas passer cette chance!»

Oh! listen to my philosophy, it is the best and deepest. Oh! hear my songs, they are the sweetest. Oh! buy my pictures, they alone are true art. Oh! read my books, they are the finest.

Oh! écoutez ma philosophie, c’est la meilleure et la plus profonde. Oh! écoutez mes chansons, ce sont les plus douces. Oh! achetez mes tableaux, eux seuls sont de l’art authentique. Oh! lisez mes livres, ce sont les plus meilleurs.

Oh! I am the greatest cheesemonger, I am the greatest soldier, I am the greatest statesman, I am the greatest poet, I am the greatest showman, I am the greatest mountebank, I am the greatest editor, and I am the greatest patriot. We are the greatest nation. We are the only good people. Ours is the only true religion. Bah! how we all yell!

Oh! C’est moi! Moi, le plus grand fromager, Moi, le plus grand soldat, Moi, le plus grand homme d’État, Moi, le plus grand poète, Moi, le plus grand artiste, Moi, le plus grand charlatan, Moi, le plus grand éditeur, et Moi, le plus grand patriote. Nous sommes la plus grande nation. Nous sommes l’unique bon peuple. Notre religion est la seule vraie religion. Crions-le tous ensemble!

How we all brag and bounce, and beat the drum and shout; and nobody believes a word we utter; and the people ask one another, saying:

Mais nous avons beau bonimenter et nous agiter, battre le tambour, crier; personne ne croit un traitre mot de ce que nous vociférons; et les gens se questionnent les uns les autres en disant:

"How can we tell who is the greatest and the cleverest among all these shrieking braggarts?"

«Comment pouvons nous dire qui est le plus grand et le plus intelligent parmi tous ces fiers-à-bras?»

And they answer:

Et ils se répondent:

"There is none great or clever. The great and clever men are not here; there is no place for them in this pandemonium of charlatans and quacks. The men you see here are crowing cocks. We suppose the greatest and the best of them are they who crow the loudest and the longest; that is the only test of their merits."

«Aucun n’est grand ou intelligent. Les hommes grands et intelligents ne sont pas ici; il n'y a pas de place pour eux dans ce pandémonium de charlatans et de vantards. Les hommes que vous voyez voici sont des coqs en grand pavois. Nous supposons que les plus grands et les meilleur d’entre eux sont ceux qui chantent le plus fort et le plus longtemps; c'est le seul signe de leurs mérites.»

Therefore, what is left for us to do, but to crow? And the best and greatest of us all, is he who crows the loudest and the longest on this little dunghill that we call our world!

Alors, que nous reste-t-il à part chanter? Et le meilleur et le plus grand de nous tous est celui qui chante le plus fort et le plus longtemps sur ce petit tas de fumier que nous appelons notre monde!

Well, I was going to tell you about our clock.

Bon. j’étais en train de vous parler de notre horloge.

It was my wife's idea, getting it, in the first instance. We had been to dinner at the Buggles', and Buggles had just bought a clock—"picked it up in Essex," was the way he described the transaction. Buggles is always going about "picking up" things. He will stand before an old carved bedstead, weighing about three tons, and say:

Ce fut d’abord l'idée de mon épouse d’en acheter une. Nous étions allés dîner chez les Buggles, et les Buggles venaient juste d’acheter une horloge – «déniché ça dans l’Essex,» fut la manière dont il raconta la transaction. Buggles parle toujours de «dénicher» des choses. Il se plante devant un vieux châlit en bois sculpté, pesant environ trois tonnes, et dit:

"Yes—pretty little thing! I picked it up in Holland;" as though he had found it by the roadside, and slipped it into his umbrella when nobody was looking!

«Oui – une jolie petite chose! J’ai déniché ça en Hollande;» comme s'il l'avait trouvé sur le bord de la route, et l'avait glissé dans son parapluie pendant que personne ne regardait!

Buggles was rather full of this clock. It was of the good old-fashioned "grandfather" type. It stood eight feet high, in a carved-oak case, and had a deep, sonorous, solemn tick, that made a pleasant accompaniment to the after-dinner chat, and seemed to fill the room with an air of homely dignity.

Buggles était plutôt content de cette horloge. C’était une bonne vieille horloge à la mode d’autrefois, genre  «grand-papa». Elle faisait ses huit pieds de haut, caisse était en chêne sculpté, tic-tac profond, sonore et solennel qui formait un fond sonore agréable pour les conversations de la veillée, et semblait conférer à la pièce une atmosphère à la fois digne et simple.

We discussed the clock, and Buggles said how he loved the sound of its slow, grave tick; and how, when all the house was still, and he and it were sitting up alone together, it seemed like some wise old friend talking to him, and telling him about the old days and the old ways of thought, and the old life and the old people.

Nous avons parlé de l'horloge, et Buggles nous a dit à quel point il aimait le son lent et grave de son tic-tac; et comment, quand le silence régnait sur toute la maison et que tous deux se trouvaient en tête à tête, elle lui semblait pareille à une vieille amie qui lui eût parlé du bon vieux temps et des bonnes vieilles façons de pensée, de la vieille existence d’autrefois et des bons vieux aïeux.

The clock impressed my wife very much. She was very thoughtful all the way home, and, as we went upstairs to our flat, she said, "Why could not we have a clock like that?" She said it would seem like having some one in the house to take care of us all—she should fancy it was looking after baby!

L'horloge a beaucoup impressionné mon épouse. Elle resta très pensive sur le chemin du retour, et, alors que nous arrivions à notre étage, elle dit, «pourquoi ne pourrions-nous pas avoir une horloge comme ça?» Elle dit que ce serait comme  avoir quelqu'un dans la maison pour veiller sur nous – elle s’imaginait que l’horloge cherchait un bébé!

I have a man in Northamptonshire from whom I buy old furniture now and then, and to him I applied. He answered by return to say that he had got exactly the very thing I wanted. (He always has. I am very lucky in this respect.) It was the quaintest and most old-fashioned clock he had come across for a long while, and he enclosed photograph and full particulars; should he send it up?

Je connaissais un homme dans le Northamptonshire à qui j’achetais de temps à autre des vieux meubles, et je me suis adressé à lui. Il a répondu par retour du courrier pour dire qu'il avait exactement ce que je désirais. (C’est toujours le cas. J’ai beaucoup de chance de ce point de vue.) L'horloge la plus pittoresque et la plus démodée sur laquelle il avait pu mettre la main depuis un bout de temps. Il joignait une photographie et les conditions de vente. Devait-il l’expédier?

From the photograph and the particulars, it seemed, as he said, the very thing, and I told him, "Yes; send it up at once."

Au vu de la photographie et des conditions de vente, ça paraissait, ainsi qu’il le disait, la chose même que je désirais, et je lui répondis, «Oui; expédiez-la immédiatement.»

Three days afterward, there came a knock at the door—there had been other knocks at the door before this, of course; but I am dealing merely with the history of the clock. The girl said a couple of men were outside, and wanted to see me, and I went to them.

Trois jours plus tard, on frappa à la porte – naturellement, d'autres coups avaient été frappés à la porte avant ça; mais je ne traite que de l'histoire de l'horloge. La bonne me dit que deux ou trois hommes étaient sur le palier, et demandaient à me voir. Je suis allé voir.

I found they were Pickford's carriers, and glancing at the way-bill, I saw that it was my clock that they had brought, and I said, airily, "Oh, yes, it's quite right; bring it up!"

Je constatai que c’étaient les livreurs de chez Pickford, et en jetant un coup d'œil sur le bordereau de livraison, je vis qu'ils apportaient mon horloge. J'ai dit, d’un ton léger, «oh, oui, c’est parfait; montez-la jusqu’ici!»

They said they were very sorry, but that was just the difficulty. They could not get it up.

Ils dirent qu'ils étaient passablement désolés, mais que là était justement la difficulté: Ils ne pouvaient pas la monter.

I went down with them, and wedged securely across the second landing of the staircase, I found a box which I should have judged to be the original case in which Cleopatra's Needle came over.

Je suis descendu et, solidement coincée en travers de la seconde volée d’escalier, j'ai trouvé une caisse que j’estimai avoir été la caisse originale dans laquelle l'Aiguille de Cléopâtre* avaient été livrée.

 

* Obélisque égyptien datant du pharaon Thoutmôsis III.

They said that was my clock.

Ils me dirent qu’il s’agissait de mon horloge.

I brought down a chopper and a crowbar, and we sent out and collected in two extra hired ruffians and the five of us worked away for half an hour and got the clock out; after which the traffic up and down the staircase was resumed, much to the satisfaction of the other tenants.

Je m’en fus chercher une hache et un pied-de-biche, et nous allâmes quérir et embaucher deux costauds supplémentaires. A nous cinq, nous travaillâmes près d’une demi-heure à sortir l’horloge de là; après quoi la circulation dans l'escalier a pu être rétablie, à la grande satisfaction des autres locataires.

We then got the clock upstairs and put it together, and I fixed it in the corner of the dining-room.

Après avoir monté l'horloge à l’étage, nous en assemblâmes les morceaux et je la fixai dans le coin de la salle à manger.

At first it exhibited a strong desire to topple over and fall on people, but by the liberal use of nails and screws and bits of firewood, I made life in the same room with it possible, and then, being exhausted, I had my wounds dressed, and went to bed.

Elle exprima d’abord un violent désir de culbuter et de choir sur les gens, mais en usant de clous, de vis et de bouts de bois de chauffage avec la plus grande libéralité, je parvins à rendre possible de vivre avec elle dans la même pièce, à la suite de quoi, épuisé, je fis panser mes blessures, et j’allai me fourrer au lit.

In the middle of the night my wife woke me up in a great state of alarm, to say that the clock had just struck thirteen, and who did I think was going to die?

Au milieu de la nuit, mon épouse me réveilla, considérablement alarmée, pour me dire que l'horloge venait de sonner treize coups, et me demander qui, à mon avis, était sur le point de mourir?

I said I did not know, but hoped it might be the next-door dog.

Je dis que je n’en savais rien, mais que j’espérais que ce pourrait être le chien d'à côté.

My wife said she had a presentiment it meant baby. There was no comforting her; she cried herself to sleep again.

Mon épouse dit qu'elle pressentait que ce pourrait être le bébé. Il n'y eut pas moyen de la consoler; elle pleurait encore en se rendormant.

During the course of the morning, I succeeded in persuading her that she must have made a mistake, and she consented to smile once more. In the afternoon the clock struck thirteen again.

Pendant la matinée, je réussis à la persuader qu'elle avait dû faire erreur, et elle consentit à retrouver le sourire. Dans l’après-midi, l'horloge sonna de nouveau treize coups.

This renewed all her fears. She was convinced now that both baby and I were doomed, and that she would be left a childless widow. I tried to treat the matter as a joke, and this only made her more wretched. She said that she could see I really felt as she did, and was only pretending to be light-hearted for her sake, and she said she would try and bear it bravely.

Ceci renouvela toutes ses craintes. Elle était à présent convaincue que le bébé et moi étions condamnés, et qu’elle resterait veuve sans enfant. J’essayai de prendre les choses à la plaisanterie, ce qui ne fit que la démoraliser davantage. Elle dit qu'elle voyait bien que je ressentais la même chose qu’elle, et que feignais seulement de prendre les choses à la légère pour la rassurer. Elle ajouta  qu'elle s’efforcerait de faire bravement face.

The person she chiefly blamed was Buggles.

La personne a qui elle en voulait principalement était Buggles.

In the night the clock gave us another warning, and my wife accepted it for her Aunt Maria, and seemed resigned. She wished, however, that I had never had the clock, and wondered when, if ever, I should get cured of my absurd craze for filling the house with tomfoolery.

Dans la nuit l'horloge, nous donna un autre avertissement. Mon épouse pensa que cela concernait sa tante Maria, et parut se résigner. Elle souhaita, cependant, que je n'eusse jamais possédé d'horloge, et me demanda si jamais, un jour, je serais guéri de ma manie absurde de remplir maison avec un tas de bêtises.

The next day the clock struck thirteen four times and this cheered her up. She said that if we were all going to die, it did not so much matter. Most likely there was a fever or a plague coming, and we should all be taken together.

Le jour suivant, l'horloge sonna quatre fois treize coups, et ceci la réconforta. Elle dit que si nous devions tous mourir, ce n’était pas si grave. Une épidémie de fièvre ou de peste était  très probablement en train de se développer, et nous serions tous contaminés ensemble.

She was quite light-hearted over it!

Elle en fut complètement rassérénée!

After that the clock went on and killed every friend and relation we had, and then it started on the neighbors.

Après ça, l'horloge continua sur sa lancée et tua chacun de nos amis et chacune de nos relations, puis elle commença à s’en prendre aux voisins.

It struck thirteen all day long for months, until we were sick of slaughter, and there could not have been a human being left alive for miles around.

Elle sonna ses treize coups à longueur de journée pendant des mois, jusqu'à ce que ce massacre nous rende malade, et qu’il ne reste plus un seul être humain en vie à des milles à la ronde.

Then it turned over a new leaf, and gave up murdering folks, and took to striking mere harmless thirty-nines and forty-ones. Its favorite number now is thirty-two, but once a day it strikes forty-nine. It never strikes more than forty-nine. I don't know why—I have never been able to understand why—but it doesn't.

C’est alors qu’elle tourna une nouvelle page, et cessa d’assassiner des gens pour simplement sonner parfois trente-neuf, parfois quarante-et-un coups de manière inoffensive. Son nombre préféré est à présent de trente-deux coups, mais une fois par jour elle en sonne quarante-neuf. Elle ne sonne jamais plus de quarante-neuf. Je ne sais pas pourquoi – je n'ai jamais pu comprendre pourquoi – mais il se trouve qu’elle ne le fait pas.

It does not strike at regular intervals, but when it feels it wants to and would be better for it. Sometimes it strikes three or four times within the same hour, and at other times it will go for half-a-day without striking at all.

Elle ne sonne pas à intervalles réguliers, mais quand elle sent qu’elle le désire et que c’est le bon moment  pour elle. Il lui arrive de sonner trois ou quatre fois au cours de la même heure. D'autres fois, elle passera toute une demi-journée sans frapper un seul coup.

He is an odd old fellow!

C’est un camarade plutôt bizarre!

I have thought now and then of having him "seen to," and made to keep regular hours and be respectable; but, somehow, I seem to have grown to love him as he is with his daring mockery of Time.

Il m’arrive parfois de penser qu’elle va se «ranger» et marquer des heures régulières comme une horloge respectable; mais, d’une façon ou d'une autre, j’ai l’impression d’avoir appris à l’aimer comme elle est, avec sa manière désinvolte de se moquer du Temps.

He certainly has not much respect for it. He seems to go out of his way almost to openly insult it. He calls half-past two thirty-eight o'clock, and in twenty minutes from then he says it is one!

Elle n'a pas sans doute pas beaucoup de respect pour lui. C’est comme pour lui faire quasi-ouvertement injure qu’elle paraît sortir de ses rails, qu’elle prend deux heures et demie pour huit heures et que trente minutes plus tard, elle prétend qu’il est une heure!

Is it that he really has grown to feel contempt for his master, and wishes to show it? They say no man is a hero to his valet; may it be that even stony-face Time himself is but a short-lived, puny mortal—a little greater than some others, that is all—to the dim eyes of this old servant of his? Has he, ticking, ticking, all these years, come at last to see into the littleness of that Time that looms so great to our awed human eyes?

A-t-elle vraiment fini par mépriser son maître, et souhaite-t-elle le lui montrer? On dit qu'aucun homme n'est un héros aux yeux de son valet; se peut-il qu’aux yeux sans éclat de cette vieille domestique, même le Temps au visage de pierre ne soit qu’un misérable mortel dont les jours sont comptés – un peu plus grand que quelques autres, mais c’est tout? A-t-elle, à force de faire tic-tac pendant toutes ces années, fini par voir dans la petitesse du Temps sous l’aspect menaçant qu’il présente à nos timides yeux humains?

Is he saying, as he grimly laughs, and strikes his thirty-fives and forties: "Bah! I know you, Time, godlike and dread though you seem. What are you but a phantom—a dream—like the rest of us here? Ay, less, for you will pass away and be no more. Fear him not, immortal men. Time is but the shadow of the world upon the background of Eternity!"

En sonnant jusqu’à des trente-cinq ou quarante heures, ne veut-elle pas lui dire dans un lugubre ricanement: «Bah! Je te connais, toi, le Temps, tout divin et redoutable que tu paraisses. Tu n’es rien d’autre qu’un fantôme – un songe –  comme nous le sommes tous ici-bas – et qui un jour disparaîtra et qui ne sera plus. Hommes immortels, ne le craignez pas. Le Temps n’est que l'ombre du monde sur l’étendue de l'éternité!»

The End