Un jour qu’accompagné de ma femme je badais en touriste dans Uzès – pour être précis, c’était le 22 août 2015, comme elle vient de me le confirmer après une plongée en apnée dans son copieux journal – je suis tombé, Place aux Herbes, devant la librairie Le Parefeuille, sur un petit présentoir façon bouquiniste dans lequel le libraire proposait deux ou trois dizaines de livres invendus, ou passés de mode, ou de seconde main, je ne sais pas trop, parmi lesquels pas mal d’ouvrages en langue anglaise, dont un petit opuscule à couverture cartonnée de couleur bordeaux dans lequel il ne me fallut pas fourrer longtemps mon nez pour flairer la bonne trouvaille.

Le titre en était « Pigs is Pigs,» et l’auteur, un certain Ellis Parker Butler, dont, je l’avoue aujourd’hui à ma grande honte, je n’avais jamais entendu parler. Quelques dessins d’un non moins certain Will Crawford illustraient ce qui était une réédition (datée de 1924) d’un ouvrage initialement paru en 1905 (du coup, la bonne trouvaille n’était pas celle d’une édition originale…)

1905, c’est l’année où est mort Alphonse Allais, à l’âge de 51 ans. En France également, Georges Courteline avait 47 ans et Pierre-Henri Cami 21 ans. En Grande Bretagne, Jerome Klapka Jerome avait 46 ans, Pelham Grenville Wodehouse en avait 24, et Hector Hugh Munroe, dit Saki, 35. Aux États-Unis, Mark Twain avait 70 ans et William Sydney Porter, dit O. Henry, en avait 43. Au canada, Stephen Leacock avait 36 ans, le même âge qu’Ellis Parker Butler.

Dans un texte écrit une dizaine d’années après « Pigs is Pigs,» même s’il le fait sur le mode humoristique, il se plaint, après le vif succès de cette histoire en 1905, de ne pas s’être donné les moyens d’atteindre à la notoriété d’un Mark Twain.

Qu’en est-il aujourd’hui ?

À une requête sur son nom complet, Google répond du tac au tac par une rafale de 3 500 000 occurrences en un peu moins d’une demi-seconde.

Je n’ai pas tout compulsé.

Pigs is Pigs est une assez courte nouvelle humoristique parue pour la première fois dans The American Magazine. Elle semble rester, encore aujourd’hui, son œuvre la plus connue. Walt Disney en a même été tiré, en 1954, un dessin animé.

Mais, curieusement, pas plus que je n’ai trouvé d’article biographique rédigé en français sur Ellis Parker Butler (que certains systèmes de traduction automatique n’hésitent pas à appeler froidement Ellis Parker Majordome), je n’ai trouvé trace d’une version française de cette histoire via l’internet.

Bien sûr, ce n’est pas parce qu’on ne trouve pas quelque chose sur la toile que cette chose n’existe pas… Mais quand même… Allez-y voir, comme j’y suis allé.

Entre autres perles, je suis tombé sur Philo Gubb, peintre-décorateur et « détèquetive » diplômé d’une école de formation par correspondance, dont les aventures ne semblent pas non plus avoir été traduites en français.

Je me suis donc attelé à cette tâche.

En voici un premier résultat, avec toutes les imperfections que ne peut manquer de comporter le travail d’un apprenti-traducteur aussi amateur dans cette branche que l’apprenti-détective Philo Gubb l’est dans la sienne.

J’ajoute que le libraire du Parefeuille, à Uzès, m’a cédé Pigs is Pigs pour la somme dérisoire de trente centimes d’euro. Rétrospectivement, j’en suis presque mortifié pour Ellis Parker Butler.

 

G.S. - Vielvic - Brunoy - Vielvic - Août-Novembre 2015.